« Au secours, je suis prise en otage » : quand le cerveau d’un dirigeant passe en mode survie

C’est la phrase qu’une dirigeante que j’accompagne m’a lancée cette semaine.

Prise en otage par son CODIR. Par la gouvernance du Groupe. Par l’écart entre les objectifs à atteindre et les moyens réellement disponibles.

Ce qui se passe neurologiquement

Quand tout devient impossible. Quand on se sent acculé.

À ce moment-là, ce n’est plus un sujet de stratégie. C’est un cerveau passé en mode survie.

Et un cerveau en mode survie : ne voit plus clair, ne hiérarchise plus, ne crée plus. Il court-circuite pour ne pas exploser.

Inutile de lui apporter un plan en trois points. Il n’entend pas.

Ce qui ne marche pas — et qu’on fait quand même

Se mettre en mode résolution immédiate à la place de l’autre.

Soulagement rapide, oui. Responsabilisation durable, non. Et souvent, l’autre s’installe plus confortablement dans une posture de victime.

Écouter sans fin.

Indispensable au début. Dangereux si on y reste. On glisse vite vers un rôle de sauveur dont il est difficile de sortir.

Rationaliser trop vite.

Quand le cerveau est en survie, il n’entend ni la logique, ni la vision, ni les « bonnes raisons ».

Ce qui marche vraiment

L’humour, l’exagération ou le mimétisme.

Pas pour minimiser. Mais pour sortir le cerveau de son système de défense et permettre un pas de côté.

Rappeler les situations impossibles déjà traversées.

Pas pour rassurer. Pour réactiver la mémoire des propres ressources de la personne.

Changer de sujet. Vraiment.

L’emmener là où vous avez besoin de son aide. Très souvent, la créativité revient par ricochet.

Forcer un choix imparfait.

« Si tu devais choisir mal, mais choisir quand même, tu ferais quoi ? »

La perfection entretient le gel. Le choix le brise.

Ce que j’ai fait avec cette dirigeante

J’ai choisi une autre voie.

J’ai partagé une expérience personnelle en lui demandant son avis. Et j’ai utilisé exactement ses mots : je lui ai dit que moi aussi, je me sentais parfois prise en otage, par LinkedIn, par l’algorithme, par l’injonction à publier sans cesse.

Au bout d’une minute, elle m’a répondu :

« Mais finalement, ce n’est pas si grave. Tu n’as pas besoin de LinkedIn pour trouver des clients. »

Silence. Déclic.

La question est revenue chez elle. Elle avait compris, avec la magie du miroir.

Ce que cette histoire révèle

Ce n’est pas toujours la situation qui enferme. C’est l’endroit depuis lequel on la regarde.

Ce jour-là, elle n’avait pas besoin d’une solution. Elle avait besoin de retrouver de la latitude intérieure.

Parfois, il suffit de cinq minutes et d’un pas de côté pour que l’otage redevienne pilote.

Le 17 février 2026 par Hélène Benier