Le poison discret du « tu devrais »

Quel est le point commun entre un CEO, une équipe projet et un dîner entre amis ?
Il y a presque toujours quelqu’un pour vous dire ce que vous devriez faire.

Personne n’aime qu’on pense à sa place.
Et pourtant, nous le faisons tous, souvent sans même nous en rendre compte.

Pas seulement à travers des ordres explicites, mais via ces phrases anodines, prononcées avec le sourire :
« Tu devrais te reposer. »
« Tu devrais faire plus de marketing. »
« Il faudrait absolument lancer ce projet avant la fin de l’année. »

Derrière le ton amical, l’effet est le même : quelqu’un pense à votre place.

Et c’est précisément ce qui épuise les leaders, les managers… et les parents :
les injonctions déguisées en conseils.

Une injonction n’est pas un conseil

Une injonction ne soutient pas la réflexion.
Elle oriente, elle projette les peurs de celui qui parle, elle réduit l’espace de discernement de celui qui reçoit.

Dans les organisations, le phénomène est particulièrement visible :
chacun “sait mieux” ce que son collègue, son DRH ou son dirigeant devrait faire.

Les effets sont connus :

  • des dirigeants qui deviennent réactifs plutôt que réfléchis,
  • des équipes qui se sentent infantilisées,
  • une confiance qui s’érode,
  • un discernement qui s’appauvrit.

Tout cela pour quelques mots apparemment inoffensifs :
« Tu devrais… »
« Il faudrait que tu… »
ou une phrase formulée à l’impératif.

Le leadership adulte fait exactement l’inverse

Un leadership mature ne prescrit pas son propre cadre.
Il crée un espace où l’autre peut penser, choisir et assumer.

Les leaders solides posent des questions plutôt que des injonctions :
« Qu’est-ce qui te fait hésiter ? »
« Quelle option te semble la plus juste dans ce contexte ? »
« Qu’es-tu prêt à assumer réellement ? »

Parce que l’impact durable ne naît jamais de la contrainte.
Il naît du discernement.
Et le discernement ne se développe pas sous pression.

Une expérience simple

Avant de dire à quelqu’un ce qu’il “devrait” faire, une question utile :
est-ce que je l’aide à penser… ou est-ce que je cherche surtout à apaiser mon propre inconfort face à son incertitude ?

Je vous propose un petit test pendant 24 heures :
remplacer chaque “tu devrais” par une question, et observer ce que cela transforme — dans votre équipe, à la maison, ou au prochain dîner entre amis.

Et si quelqu’un vous dit demain :
« Tu devrais méditer. »
Vous pourrez toujours répondre, avec le sourire :
« Merci… je préfère choisir moi-même comment je respire. »

Le 17 décembre 2025 par Hélène Benier