Ce CFO préférait démissionner plutôt que de dire qu’il était en colère

Vendredi soir, il y a six mois, il arrive contrarié. Son groupe vient de choisir un outil de controlling qu’il juge inadapté alors qu’il avait lui-même piloté le projet, et que son équipe avait recommandé un outil moins cher, plus agile, plus proche du terrain.

Un échange qui m’a tout dit

— Tu es en colère ? je lui demande.

— Non, je ne vais pas me mettre en colère, ce ne serait pas correct.

— Tu es quoi alors, frustré, irrité ?

— Irrité.

— À quel point ?

— Au point de démissionner. C’est un manque de respect intolérable envers l’équipe projet.

— Donc tu es en colère.

— Si tu veux. Mais dans mon kit de base, on n’a pas le droit d’être en colère. On se maîtrise. Ce n’est pas poli.

— Donc tu préfères ne rien dire et démissionner plutôt que de l’exprimer ?

— Oui. C’est mieux que d’exprimer ma colère.

Des talents qui partent par la petite porte

Ce genre de situation, c’est mon quotidien et probablement le vôtre. Des talents qui partent parce qu’ils n’ont jamais reçu le kit pour nommer ce qu’ils ressentent, et pour exprimer leurs besoins. À tout âge, à tout niveau de l’organisation.

Moi aussi, pendant longtemps, j’ai préféré fuir, encaisser, plier, plutôt que de montrer ce que je ressentais. Par peur de ne pas savoir gérer les conséquences du regard négatif des autres.

La bonne nouvelle : ça se travaille

À 20 ans comme à 50. CFO, DRH ou n’importe quelle autre fonction. Ce CFO me le dit régulièrement aujourd’hui : il a appris pas à pas. Il n’a plus besoin d’utiliser les remarques piquantes au troisième degré. Il peut désormais dire ce dont il a besoin, avec précision.

Et vous, qu’est-ce que vous seriez prêt à perdre plutôt que de dire, pour une fois, que vous êtes en colère ?

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Le 24 septembre 2026 par Hélène Benier