« On est dans le dur » : l’adrénaline est-elle vraiment le seul carburant qui fait avancer ?

« Là, on est dans le dur. »

Ce sont les premiers mots d’un DG lors du kick-off d’accompagnement de sa Directrice Commerciale. Sa façon de poser le cadre. De signifier ce qu’il attend.

Je l’ai dit. Je l’ai entendu. De CEO, de DAF, de DRH. « Ceux qui ne se lèvent pas en se demandant où ils vont se faire mal ne vont pas tenir. » « Si c’est trop facile, c’est qu’on n’a pas été assez ambitieux. »

Ça vous paraît exagéré ? Écoutez votre prochaine réunion d’équipe. Comptez les mots qui évoquent la dureté, l’effort, la résistance.

Quand j’ai vécu ce carburant de l’intérieur

En 2008, mon entreprise perd 40 % de son chiffre d’affaires du jour au lendemain. La fonction RH est attendue au front immédiatement : chômage partiel, restructurations, plans sociaux.

J’ai monté une équipe « de choc ». Solidarité extraordinaire, engagement hors pair. Et une fatigue que j’entendais chez eux — car ils ont eu le courage de me le dire — mais que je n’écoutais pas chez moi.

Ce sont eux qui m’ont appris que lâcher la pression à certains moments permet de durer.

L’expérience qui a tout changé

Il y a quelques semaines, un de mes clients procrastinait depuis des semaines sur le fait de recadrer une collaboratrice en difficulté de performance. D’habitude, j’aurais été directement sur la stratégie d’action.

Ce jour-là, j’ai fait l’inverse.

« Écoute, c’est pas grave si tu ne lui parles pas. C’est peut-être plus doux pour toi de ne rien faire pour le moment. Et c’est OK. Qu’en penses-tu ? »

Silence.

Puis quelque chose s’est dénoué. On est allés directement dans l’enjeu émotionnel qu’il évitait depuis des semaines. Et de lui-même, il a voulu aller encore plus vite une fois le nœud défait.

Moins de pression. Plus de mouvement. Plus durable.

Deux types de carburant — et leur vrai coût

L’adrénaline fait démarrer vite. Elle est nécessaire dans les crises, les sprints, les moments où il faut tenir coûte que coûte. Mais elle brûle vite et laisse à sec.

L’énergie qui vient d’un nœud dénoué, elle, se renouvelle.

À la fin de cette journée, j’avais plus d’énergie qu’après une journée à fond dans le dur. Pas parce que j’avais été douce. Parce que je n’avais pas gaspillé de carburant inutilement — ni pour moi, ni pour eux.

Et vous — dans votre prochain meeting, quel est le mot que vous pourriez retirer sans que personne ne s’en aperçoive, et qui changerait peut-être tout ?

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Le 1 juillet 2026 par Hélène Benier