Dans un train Paris-Genève, une leçon inattendue sur la présence des dirigeants

Il est 20 heures, dans un train Paris-Genève. Une jeune femme s’installe en face de moi. L’air occupé, plongée dans sa to-do list, peu d’attention pour ce qui l’entoure.

Je me revois il y a 20 ans. La tête prise entre mille post-its. Partout sauf dans l’instant.

Elle reçoit un appel. Se met à pleurer. Sort du wagon.

Le geste que je n’aurais pas dû faire — et que j’ai fait quand même

Je lui glisse un petit mot sous la souris de son ordinateur. Pour lui dire que je ne sais pas ce qu’elle vit, mais que si elle souhaite parler pendant les deux heures de train qui restent, je suis là.

C’était un « effort » pour moi qui suis souvent réservée avec les inconnus. Que va-t-elle penser ? C’est trop intrusif ?

Elle revient. Voit mon message. Me sourit à l’intérieur de ses larmes.

Ce qu’elle portait — et ce que j’avais moi aussi porté

C’est la semaine de son retour de congé maternité. Elle vient de changer de poste et de partir en déplacement. Elle a l’impression d’être une mauvaise mère de partir aussi vite, et de ne pas être à la hauteur de son nouveau poste.

Et là, je me revois — il y a au moins 15 ans. DRH, enceinte de mon deuxième enfant, en pleine restructuration, à courir entre réorganisations et fermetures d’usines.

L’impression de devoir être plus que parfaite au travail pour compenser le fait d’être maman. L’impression de devoir être plus que parfaite le soir pour compenser le fait de ne pas être là à la sortie d’école. Et l’impression de ne jamais être totalement là, ni pour les autres ni pour soi.

Ce que nous avons découvert ensemble

On a parlé de culpabilité, d’acceptation. On a parlé des mini bulles de récupération — ces micro-moments pour soi, rien qu’à soi.

Quand j’avais 30 ans, je croyais que c’était en travaillant que je rechargeais mes batteries. Celle que je suis aujourd’hui sait que c’était une erreur. En prenant des micropause, en faisant chaque jour un mini truc pour moi, en acceptant l’imperfection, en acceptant de ne pas jouer trop longtemps avec la jauge de la réserve.

Elle est repartie gonflée à bloc. Pas parce que tout allait bien — mais parce qu’elle avait senti qu’elle avait des ressources en elle et autour d’elle. Et qu’elle n’était pas seule.

Ce que cela dit de la posture des dirigeants

Pas besoin d’être en retour de congé maternité. Pas besoin de prendre ce train.

La vraie question, c’est celle de la présence. Combien de fois votre équipe vous envoie-t-elle des signaux que vous ne voyez plus, parce que vous êtes partout sauf dans l’instant ?

Former quelqu’un qui vous dépasse, aider quelqu’un à traverser ce que vous avez vous-même traversé — c’est donner et recevoir en même temps. Et c’est souvent là que se recharge vraiment ce qu’on a à donner.

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Le 21 mai 2026 par Hélène Benier